mercredi 8 juillet 2009

paléomusicologie


En 2004, le recollement des collections du musée de l’Homme a permis de rassembler un ensemble représentatif de « pilons sahariens ». A partir des travaux de Marceau Gast sur ces pilons, qui soulignait la non appartenance typologique de ces objets à des outils servant à broyer ou à piler, des analyses typologiques ont permis d’établir qu’il s’agissait d’instruments de musique. Des spectrogrammes ont été réalisés pour tenter de comprendre la présence d’harmoniques et surtout de résonances à la suite du contact d’une masselotte par percussion directe sur ces cylindres monolithes.

Les premières analyses lithoacoustiques de ces longs artefacts à section ronde à ovale ont révélé qu’il s’agissait d’un nouveau type d’objets instrumentaux idiophoniques que l’on a appelé « lithophones cylindriques sahariens».

Des analyses acoustiques plus poussées permettant la visualisation de la décomposition du spectre sonore des instruments, ont conduit à la découverte de deux lignes isophoniques distinctes sur les parties longitudinales des pierres, puis au positionnement de plans isophoniques convergents. Cette théorie émergente a permis de comprendre la circulation des ondes sonores dans ces milieux solides, et notamment de révéler la présence de nœuds et ventres situés à des points précis de l’instrument et toujours en symétrie les uns par rapport aux autres. C’est à partir de ces constatations sur la structure sonore des lithophones que sont apparues de nouvelles hypothèses sur les modes d’utilisation de ces instruments. En effet, afin que la résonance puisse être optimisée, il est nécessaire de tenir l’instrument d’une manière très particulière, ce que les expérimentations ont aussi démontré. C’est cette technique instrumentale qui nous a poussés à réfléchir sur les positions physiologiques possibles des instrumentistes.

Des recherches pétrographiques, et des analyses à la microsonde Raman et en microspectrométrie infra-rouge, ont mis en évidence le transport des lithophones sur de longues distances. En effet, les roches employées ne correspondent en rien au contexte pétrographique local de leur découverte. Cela est aussi confirmé par le format des instruments taillés de manière à ce que leur diamètre permettre leur préhension, et que leurs longueurs soient suffisamment importantes pour conserver leurs qualités sonores (timbre) tout en laissant le déplacement et la conservation des objets possible.

L’ensemble de ces travaux reporté aux spéléothèmes de certaines grottes et abris-sous-roches sur des stalactites et des stalagmites, à Java, en Indonésie (Goa Tabuhan), a permis d’affirmer s’il s’agissait vraiment de concrétions instrumentales ou de matériaux accidentellement marqués.

Ces instruments de musique en pierre poli, qui se distinguent des lames de pierre lithophoniques, laissent aujourd’hui envisager de nouveaux points de vue sur : la compréhension des comportements humains aux périodes préhistoriques en particulier dans les abris-sous-roches et dans les grottes ornées ; sur les pratiques instrumentales préhistoriques ; et surtout d’apprécier en direct les résonances et les harmoniques exactes de ces « musiques fossiles » telles qu’elles étaient perçues par les Néolithiques entre 2.500 et 8.000 ans.

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